méthodologie de crédit Méthodologie de crédit et entrepreneuriat féminin

21 septembre 20210

Pourquoi l’utilisation d’une méthodologie de crédit tenant compte du genre crée des opportunités pour les institutions financières.

Investir dans l’entrepreneuriat féminin revêt plusieurs formes :

– Investir dans des entreprises détenues ou dirigées par des femmes,

– Investir dans des entreprises qui promeuvent l’équité sur le lieu de travail (dans la dotation en personnel, la gestion, la représentation au conseil d’administration et le long de leurs chaînes d’approvisionnement) ; ou

– Investir dans des entreprises qui offrent des produits ou des services qui améliorent considérablement la vie des femmes et des filles.

Cela peut être par la prise d’action, ou par l’accès au crédit auprès des banques ou Institutions de Microfinance.

De nombreuses études ont démontré les énormes avantages économiques de l’investissement dans les entreprises détenues ou dirigées par des femmes. En RDC, Elan RDC a constaté qu’une plus grande inclusion des femmes dans la main-d’œuvre des entreprises basées à Kinshasa pourrait à elle seule ajouter 1,5 à 2,5 milliards USD par an à l’économie (2018).   La même étude a confirmé que les consommatrices constituent une importante opportunité de marché inexploitée pour les entreprises basées à Kinshasa, dans toute une série de secteurs, y compris l’argent mobile.

Pourtant, à travers le monde, les femmes entrepreneurs sont confrontées à une myriade de contraintes ; l’accès au financement étant l’une des plus difficiles.  Selon la SFI, le déficit de financement des petites entreprises formelles appartenant à des femmes est estimé à 300 milliards de dollars et plus de 70 % des petites et moyennes entreprises appartenant à des femmes ont un accès inadéquat ou inexistant aux services financiers.

L’approche de financement prenant en considération les défis et besoins spécifiques des femmes (l’optique de genre), est apparue comme une tactique importante et efficace pour combler le déficit de financement. Un processus de financement qui met l’accent sur les spécificités par genre, démarre au niveau des activités de pré-investissement (l’analyse des besoins des clientes) jusqu’au suivi post-transaction (par exemple, le conseil stratégique et les services non-financiers).

Parmi les institutions financières en Afrique francophone, cette approche n’est pas (encore) une pratique courante.  De nombreuses institutions financières ont même du mal à collecter régulièrement des données sur les clients, hommes et femmes. Les données ventilées par sexe sont pourtant la base sur laquelle repose l’investissement/le prêt dans une optique de genre. Elles indiquent aux institutions financières qui sont leurs clients actuels (profilage), comment ils se comportent et s’ils sont sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de performance internes. Une telle analyse détaillée (par sexe et autres considérations démographiques) permet également d’affiner les outils de gestion du risque de crédit en mettant en évidence des modèles différents, ce qui conduit en fin de compte à des modèles commerciaux plus raffinés.

Les énormes perturbations sanitaires et économiques provoquées par le COVID-19 n’ont fait que renforcer l’importance d’une analyse régulière des performances des clients par sexe (et autres considérations démographiques).  Certaines institutions financières en RDC ont découvert dans les mois suivant le début de la pandémie que les entreprises dirigées par des femmes présentaient des niveaux de défaillance plus élevés depuis le début de la pandémie.  Il s’agissait d’une découverte surprenante et importante pour eux, car les entreprises dirigées par des femmes avaient auparavant un meilleur schéma de remboursement que leurs homologues masculins. Cela suggère que les entreprises dirigées par des femmes sont moins résistantes aux chocs externes et peuvent avoir besoin d’un soutien plus réactif de la part des institutions financières pendant qu’elles subissent les effets de la pandémie mondiale.

En dehors de l’analyse régulière des données ventilées par sexe, les institutions financières désireuses de mieux répondre aux besoin de leurs clientes cheffes d’entreprise auraient intérêt à prendre en compte les autres éléments suivants :

Avant le financement

– De nombreuses institutions financières exigent des garanties solides telles que des biens immobiliers pour garantir les prêts aux MPME, notamment pour les besoins en financement supérieurs à 10.000 USD. Or, dans la plupart des pays en Afrique, les femmes ont généralement moins accès à la terre et à la propriété que les hommes. Par conséquent, les femmes entrepreneurs n’ont pas accès aux montants des prêts nécessaires à leur croissance. Les institutions financières auraient intérêt à utiliser des alternatives telles que les garanties personnelles couplées à des fonds de garantie ou/et des systèmes d’assurance.

– En ce qui concerne les prêts individuels, le processus de prêt de nombreuses institutions financières comprend une visite de l’agent de crédit sur le site de l’entreprise et auprès du ménage. Bien qu’il y ait des raisons justifiables liées à la gestion du risque, la visite du ménage peut être mal vue par le mari et/ou l’entourage de la femme (car la plupart des agents de crédit sont des hommes), ce qui conduit la femme à retirer sa demande de prêt. Les IF doivent envisager de revoir leur approche pour limiter les visites aux ménages, ou envoyer des agents de crédit femmes lors des visites aux ménages des femmes entrepreneurs.

– De nombreux processus de prêt des IF exigent l’inclusion de la signature du conjoint sur le contrat de prêt, généralement en tant que garant ou codébiteur, même si le conjoint n’est pas impliqué dans l’activité commerciale. Bien que cela s’applique généralement à tous les entrepreneurs, il est plus difficile pour les femmes d’être réellement autonomes dans leurs décisions commerciales si elles doivent, qu’elles le veuillent ou non, soumettre leur demande de prêt à l’approbation de leur conjoint. Les IF auraient intérêt à introduire des seuils pour lesquels un demandeur pourrait choisir de ne pas inclure un membre de sa famille comme garant ou de choisir un autre membre de la famille (par exemple, pas le conjoint). Ceci doit bien sûr tenir compte des exigences légales en terme de régime matrimonial.

L’analyse des dossiers de crédit rejetés

– Les institutions financières devraient systématiquement effectuer une analyse approfondie des raisons des rejets de prêts (du point de vue de l’IF) et des raisons des retraits de demandes de prêts (du point de vue des clients).

Dans le cas de prêts rejetés en raison d’un manque de capacité financière, le client doit avoir la possibilité d’obtenir le soutien d’un prestataire de services de développement des entreprises, afin de renforcer sa capacité et avoir une chance d’être éligible un jour.

Etant donné le potentiel énorme que représente l’entrepreneuriat féminin en Afrique, les institutions financières ne peuvent plus considérer les prêts aux entreprises appartenant à des femmes, dirigées par des femmes et bénéficiant à des femmes comme étant de l’ordre de leur RSE, mais doivent au contraire en faire une ligne d’activité pérenne et à part entière.

Les premières étapes importantes vers la réalisation d’une stratégie solide axée sur le genre comprennent : la fixation d’objectifs, la collecte et la communication de données ventilées par sexe et l’adaptation des méthodologies de prêt en tenant compte des défis spécifiques auxquels sont confrontées les entreprises détenues ou dirigées par des femmes.

Par Edwige Takassi et Holly Krueger

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